Portraits du MarôÀ la rencontre d’un éclusier du Marais Breton Vendéen

La gestion de l’eau est un enjeu majeur de la préservation de notre territoire ! Aujourd’hui, nous partons à la découverte du métier d’éclusier pour comprendre son rôle et son importance dans l’équilibre du Marais Breton Vendéen. Venez à la rencontre de Pascal Retureau, travailleur de l’ombre…

 

Notre interview avec Pascal Retureau !

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Ayant grandi et vécu ici, à Beauvoir-sur-Mer, depuis ma naissance, le marais a toujours été une évidence pour moi. J’ai pris la succession de mon père en tant qu’éclusier en 1992. Cette casquette d’éclusier n’est cependant pas mon activité principale, je l’exerce simplement en tant que bénévole.

Bien que le métier d’éclusier ait un rôle majeur dans le fonctionnement du Marais Breton Vendéen, peu de personnes le connaissent. Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste ce métier ?

La gestion de l’eau dans le marais est assuré et régie par les Syndicats de Marais. Ce sont des vieilles structures, des syndicats de propriétaires qui ont pour la plupart 200 ans voir plus. Ce sont eux qui ont la compétence de la gestion de l’eau dans le marais et qui vont embaucher les éclusiers pour les aider dans ce travail complexe.

 

Il y a plusieurs phases et étapes durant l’année pour le travail de l’éclusier :

• Le Marais Breton Vendéen reçoit les eaux d’un bassin versant relativement grand. L’hiver quand la pluviométrie est importante, le niveau d’eau monte dans le marais et arrive un moment où il faut l’évacuer à la mer pour éviter une inondation conséquente. Le premier objectif de l’éclusier c’est donc d’évacuer les excédents d’eau en hiver, ce qu’on nomme le régime d’hiver.

• Ensuite, il y a le régime été, c’est-à-dire de conserver l’eau dans les marais pour maintenir un niveau d’eau suffisant dans les fossés, voire, sur certaines zones et notamment sur la partie c ôtière du Marais Breton Vendée, faire rentrer de l’eau salée de la mer pour approvisionner les fossés en eau qui seraient autrement à sec.

 

Pourquoi garder un certain niveau dans le marais l’été ? Tout simplement parce que les animaux sont dans des près et les fossés jouent le rôle de clôture naturelle. Sans eau qui les entourent, les animaux pourraient tout simplement s’échapper. Les fossés sont aussi de formidables abreuvoirs d’eau douce l’été. 

Combien d’éclusiers exercent ce métier dans le marais ? 

Difficile de répondre à cette question… Il est de plus en plus difficile de trouver des personnes pour gérer les écluses. À titre d’exemple, sur Beauvoir-sur-Mer et Saint-Gervais, nous sommes une dizaine. Sur l’ensemble du Marais Breton Vendéen, nous sommes peut-être 40 ou 50 éclusiers.

 

Souvent toutes ces petites écluses sont gérés par des bénévoles, comme moi, dont c’est l’activité secondaire. Il n’y a que les écluses principales, que l’on appelle les écluses à la mer, dont le rôle est capital puisque c’est là que l’on va évacuer l’eau douce pendant la basse mer ou en période estivale, que l’on ouvre à marée haute pour que l’eau monte dans le marais. Ce sont des écluses qui demandent une gestion par présence : il faut être là quand la mer monte, et quand elle descend. Pour ces écluses, ce sont des personnes dont c’est l’activité principale.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

Quand on a toujours vécu dans le marais et qu’en plus on est agriculteur, exploitant, éleveur… la gestion hydraulique fait partie intégrante de votre métier. On est baigné dedans, on ne se pose même pas la question. Ça va de soi. 

« Le Marais, c’est une terre d’argile… […] quand vous vous y promenez, elle vous colle au pied. Elle ne vous lâche plus… »

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

Quand on a toujours vécu dans le marais et qu’en plus on est agriculteur, exploitant, éleveur… la gestion hydraulique fait partie intégrante de votre métier. On est baigné dedans, on ne se pose même pas la question. Ça va de soi.

Que ressentez-vous lorsque vous travaillez en plein marais ?

C’est peut-être bateau mais le Marais, c’est une terre d’argile… ça n’est pas un hasard si, quand vous vous y promenez, elle vous colle au pied. Elle ne vous lâche plus…

 

Quel est, pour vous, l’avenir de ce métier ?

C’est un métier indispensable pour que le marais et notre territoire continue de vivre, il ne peut donc pas disparaître. S’il y a autant de biodiversité et de richesses naturelles sur notre territoire, c’est parce qu’on a fait perdurer cette gestion de l’eau transmise depuis des décennies.

 

Néanmoins, il est de plus en plus difficile pour les Syndicats de trouver des volontaires pour être éclusier. C’est un travail le plus souvent bénévole qui n’attire pas les nouveaux arrivants dans le marais, qui, bien souvent, n’ont pas conscience de cette gestion. L’enjeu dans les années à venir va être de trouver des gens qui veulent bien donner un peu de leur temps.

Un petit mot pour finir ?

La gestion de l’eau dans le Marais Breton Vendéen peut être aussi une source de conflit sur notre territoire… Par exemple, les ostréiculteurs sont parfois gênés par l’évacuation d’eau douce. Vice versa, certains exploitants agricoles peuvent être gênés par un niveau d’eau trop haut ou qu’il y ait trop d’eau de mer.

 

Ce volet conflictuel de la gestion de l’eau est aussi accentué par le fait que l’eau du bocage vient de plus en plus vite dans le marais. Sont notamment en cause tous les aménagements urbains qui ont été mis en place ces dernières décennies : les parkings, les grandes surfaces, l’arrachage des haies…

 

Le réchauffement climatique aggravant d’autant plus la situation, on peut donc avoir une inquiétude sur l’avenir de la gestion de l’eau dans le marais… Nous savons qu’il y aura des excès d’eau de plus en plus importants, ponctuellement. Un grand enjeu et challenge à venir pour le Marais Breton Vendéen sera d’anticiper ces évolutions.

Ce projet est cofinancé par le fonds européen agricole pour le développement rural. L'Europe insvestit dans les zones rurales